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  • emelineverdu

Essai sur "l'Art de la tâche"

Mis à jour : 15 juin 2020

Texte en image exposant ma réflexion sur ma pratique d'artiste et de thérapeute. Partant de mon expérience intime et allant jusqu'à ce que je souhaite transmettre à l'autre, ce texte s'adresse à toute personne souffrant d'une estime de soi fragilisée. Montre comment la peinture peut être un sublime allié pour nourrir nos besoins d'appartenance, d'estime de soi et de réalisation de soi.


"L’Art de la tâche

D’abord il y a l’envie, point de départ indéniable, elle est comme un besoin, une émotion, physique et insaisissable à la fois. Elle est comme une musique, une petite chanson murmurée à son oreille. Le jour où on se met à l’écouter et à passer à l’action, on se sent un peu plus soi.

Et puis il y a l’idée, elle vient à la fois du ventre et de la tête, elle est liée à quelque chose qu’on a à dire, qui révolte ou qui est doux, quelque chose à représenter pour soi et à exprimer au monde.

Alors là vient l’image. Dans la tête puis sur le papier, elle vient du fond et sollicite tes capacités d’imagination et de visualisation. Un corps en mouvement, un symbole, une couleur, un horizon ?

C’est là que le bazar arrive, car c’est déjà trop tard, l’intention est là, dessinée, clarifiée, gonflée par ton idéal et tes exigences de toi à toi.

Alors c’est là qu’il faut s’en foutre et revenir au corps. Et tu jettes. Réchauffé, impliqué, le geste débridé et assoupli, alliance indissociable des sens et des muscles, porté par le rythme et la musique. Projection de couleurs et de matières, sans réfléchir, histoire d’essayer de retrouver la spontanéité.

Car croyez-moi, pour y arriver, il faut lâcher.

Et on recouvre de blanc ce qui était. La page semble presque neuve, il ne reste que quelques traces et de la lumière. Il faut faire avec et avoir confiance car le corps sait. Les bases sont là: être à la fois sûre et incertaine, prête à accepter l’imprévu. L’essentiel, l’idée et l’émotion sont posées sous la couche.

C’est maintenant qu’il faut mettre la forme, communiquer. Là le monde t’aide et c’est tant mieux. Le jeu des regards, le bal des « qu’est-ce que tu vois ? », la perception qui ne cesse d’évoluer d’heure en heure et de jour de jour. Tout est une question de regard. Et c’est bon de saisir l’importance de prendre du recul pour mieux avancer.

Les formes, les ombres, les contrastes sont posés et soumis à la critique objective. La nature devient ta référence. Tes sens, l’observation, ta mémoire et ton ouverture sont tes alliés.

Et entre les exigences techniques et ta spontanéité, il y a cet espace infime où l’intuition a toute sa place. Elle te fait prendre un risque sans même y réfléchir. L’intuition, c’est quand, malgré la peur, tu fonces quand même. Tu maîtrises ton anxiété et tu dédramatises pour prendre ce risque délicieux.

Et là, c’est déjà une victoire.

Et puis il y a l’erreur bienvenue. L ’imperfection, la tâche, la main qui dérape. C’est un élément complètement hors contrôle qui s’invite. Cette tâche, tu as le pouvoir de la rendre belle. Et bien souvent, c’est elle qui va rendre ton travail unique. C’est l’imperfection qui donne le beau. Parce que le contrôle n’est pas l’objectif d’une vie.

Dans un élan de plaisir, tu fais tomber des gouttes de couleurs, jusqu’à créer « l’art de la tâche ». Il deviendra ton style et en quelque sorte, c’est là que tu t’autorises à être toi. C’est pas si souvent que l’on ressent du plaisir à être soi. La petite voix dans ta tête qui te juge est progressivement recouverte par un air de musique qui t’apaise.

Tu oses et là tu trouves ta liberté. Portée par un curieux souffle, tu sais que tu dois continuer jusqu’à toucher la limite. C’est à toi de la trouver. Quand-est ce que c’est assez beau ? Où est l’équilibre ? Jusqu’où peux-tu jouer ? Ton idéal esthétique est là et tu dois le rencontrer.

Tes sensations et tes actions trouvent une harmonie.

Tes exigences de toi à toi, cette petite voix dans ta tête qui te juge, sont l’expression de tes croyances et de tes désirs. La petite voix dans ta tête est difficile à décoder. Elle peut être piégeuse et douloureuse. Si tu parviens à la maîtriser, elle peut te guider vers l’expression de ton potentiel et la réalisation de toi à toi.

Et quand tu montres tout ce que tu as réalisé au monde, tu peux être fière de toi. Et quand ta petite voix discute avec celle des autres, tu comprends qu’il n’y a pas qu’une seule vérité. Et que toi, tu as trouvé un chemin. Ce chemin qui va vers l’acceptation de soi et la sublimation.

Oui, je dis « toi » et je parle de moi. Et à travers moi, je parle de toi. Je sais que nous sommes différents, mais il y a des points où l’on se ressemble, des lignes qui se croisent qui font que tous les êtres humains sont liés. Les humains portent en eux ces zones à développer, ces besoins à exprimer et à nourrir.

Peut-être que toi, tu ne parviens pas à écouter ton envie. Mais si en lisant cela, tu te dis un peu plus fort que toi aussi tu as le droit à la paix et à l’amour, c’est déjà ça.

Un pas et puis après un autre pas."


Emeline Verdu, artiste-thérapeute

mai 2020


















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